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AUCUNE TOLERANCE N’EST ACCORDEE LORS DES DELIBERATIONS EN RAISON DE NOTRE HANDICAP

AUCUNE TOLERANCE N’EST ACCORDEE LORS DES DELIBERATIONS EN RAISON DE NOTRE HANDICAP

Au Burundi, les personnes malvoyantes et aveugles rencontrent de nombreux obstacles tant dans leur parcours scolaire que dans l’exercice de leur droit de voter. L’absence de matériel didactique adapté et de bulletins en braille les empêche de garantir leur autonomie et d’accéder aux mêmes opportunités que les autres citoyens.

« Nous utilisons encore des méthodes anciennes pour résoudre les problèmes de mathématiques malgré les avancées technologiques. Calculer avec un cube est très difficile », se plaint Francine Nshimirimana, élève aveugle en seconde post-fondamentale à Penn Blind School, une école logée au sein de la Fondation Uwiragiye qui se trouve dans la commune kabezi de la province Bujumbura.

L’internat compte 225 enfants, dont 107 filles et 118 garçons. Parmi eux, les malvoyants sont au nombre de 104 dont 44 filles et 60 garçons. Avec le système d’éducation inclusive, l’école est devenue mixte. En effet, elle accueille aussi des élèves non déficients visuels mais, qui sont externes.

Francine Nshimirimana, âgée de 20 ans, est ravie de pouvoir poursuivre sa scolarité mais déplore le manque de matériel didactique adapté. Pour les mathématiques, par exemple, elle sollicite l’aide du gouvernement pour fournir des équipements spécialisés tels que des ordinateurs et des calculatrices adaptées. « L’utilisation des anciennes méthodes ralentit notre apprentissage. Pourtant, nous devons suivre le programme complet prévu par le ministère de l’éducation nationale. Aucune tolérance n’est accordée lors des délibérations en raison de notre handicap », précise –t-elle.

« Certains enseignants ne maitrisent pas les techniques d’enseignement adaptées aux élèves malvoyants et aveugles. Ils oublient parfois que c’est une classe mixte et se concentrent uniquement sur les élèves capables de regarder au tableau », fait observer Bertin Nishimwe, un élève de la 9ème. Il appelle les enseignants à porter une attention particulière aux élèves ayant des difficultés visuelles. Il plaide aussi pour la modernisation des outils pédagogiques en général et en particulier pour les mathématiques

  • Une formation des enseignants

Pour Yvette Iradukunda, enseignante à Penn Blind School, l’éducation inclusive fait face à plusieurs obstacles, y compris le retard dans la conception des livres adaptés aux élèves aveugles. « Nous avons besoin de retraduire les livres pour les élèves voyants, en braille pour les aveugles », explique-t-elle. Elle souligne aussi la difficulté d’enseigner dans une classe mixte, ou il est difficile de répondre aux besoins de chaque élève sans qu’aucun ne se sente négligé. L’enseignante réclame également de formations pour les professeurs afin de mieux gérer ces classes inclusives.

« Nous travaillons en collaboration avec la Direction de l’éducation inclusive. Nous avons déjà signalé le manque de matériel didactique et attendons une réponse », déclare Audace Coyitungiye, directeur de Penn Blind School. Il insiste également sur le cout élevé de ces équipements. « Une seule machine adaptée pour l’enseignement des mathématiques coute plusieurs millions. La fondation n’a pas pu s’en procurer. Nous sollicitons l’aide du gouvernement et des donateurs », Il évoque également la manque d’imprimante braille, l’école n’en ayant qu’une seule. Lorsqu’elle tombe en panne, les activités scolaires ralentissent.

Patrice Tuhabonyimana, directeur de l’éducation inclusive au ministère de l’éducation nationale et de la recherche scientifique, revient sur la cherté de ces équipements. Toutefois, il assure que la direction travaille activement pour distribuer ces machines dans toutes les écoles inclusives du pays. « Une imprimante braille coute environ 120 millions Fbu. A ce jour, nous avons quatre de ce genre de machines et nous recherchons encore d’autres pour équiper tout le pays », informe-t-il.

Il estime que l’éducation inclusive progresse à un rythme satisfaisant. « Tous les élèves aveugles ayant participé au concours national ont réussi. Cela démontre qu’ils sont tout aussi capables et intelligents que les autres ». Patrice Tuhabonyimana assure également que la direction de l’éducation inclusive projette de construire plusieurs écoles adaptées à chaque enfant en situation de handicap. « Notre objectif est d’implanter une école inclusive dans chaque province. Nous disposons d’un document stratégique détaillant les projets à mettre en place jusqu’en 2027. Parmi ces initiatives, la formation des enseignants en fonction des particularités des différents handicaps occupe une place essentielle. Nous avançons étape par étape, projet par projet. »

  • Une bonne cohésion

Malgré les difficultés, Francine et Bertin témoignent d’une bonne cohésion sociale avec leurs camarades sans handicap visuel. « Au début, c’était difficile, certains élèves avec une vision normale nous déconsidéraient », raconte Francine. Toutefois, avec les bons résultats scolaires, les autres élèves ont commencé à les respecter.

Shakira Uwase, une camarade de classe, interpelle ceux qui pensent que les personnes malvoyantes sont incapables : « Nous avions aussi cette mauvaise idée, mais ils nous ont prouvé le contraire, parfois, il se classent devant nous, ils nous aident avec les langues, et nous les aidons en mathématiques, ils ont besoin d’assistance. Personne n’est totalement autonome ici », souligne-t-elle. Elle insiste sur le fait que les malvoyants sont des individus particulièrement talentueux et travailleurs. Il serait juste de leur offrir des emplois après leurs études.

Le coordinateur de la fondation Uwiragiye Dr Victor Barantota abonde dans ce sens en soulignant la difficulté de fournir tout le matériel nécessaire. « Les moyens nous manquent », dit-il. Il appelle le gouvernement et la société à respecter les droits des personnes vivant avec un handicap visuel et à leur offrir les mêmes chances que les autres. « Certains de nos diplômes travaillent dans l’administration, enseignent ou s’occupent des enfants dans les internats. Ils vivent grâce à leur salaire mérité », conclut-il fièrement. En attendant, la fondation prévoit de créer un centre de métiers pour permettre à ces élèves de trouver une activité génératrice de revenu après leurs études.

  • Des bulletins de vote en braille

« Pour pouvoir voter, les personnes malvoyantes et aveugles doivent désigner un tiers afin d’exercer ce droit à leur place. C’est la seule option proposée par la CENI. Mais, nous mettons en doute la crédibilité de cette solutions », déclare Daniel Ntiranyibagira, représentant de l’union nationale des associations des personnes aveugles et malvoyantes au Burundi. Selon lui, il est impossible de s’assurer que les personnes désignées pour voter le fassent réellement en fonction des souhaits des personnes vivant avec un handicap visuel.

Il plaide pour la mise en place des bulletins de vote en braille, un dispositif de lecture et d’écriture essentiel pour les personnes en situation de handicap visuel. « La Cenis devrait instaurer un mécanisme de vote adapté aux personnes malvoyantes et aveugles. Plusieurs pays de la région des Grands Lacs ont déjà adopté les bulletins en braille. Le Burundi pourrait en faire de même », suggère-t-il. Il ajoute que certains individus ayant une déficience de la vue choisissent de ne pas participer aux élections. Car, ils n’ont aucune garantie de pouvoir exprimer librement leurs choix.

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